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page éditée le 14/04/2014
dernière mise à jour : 17/04/2014



l'enfer c'est les chiens (nostalgie aussi)
(S8, 5', lumière, voix off lue en direct, 6' - 2010-2011)


film réalisé en "hommage" à ces squatteurs qui aiment tant les chiens et écouter Nostalgie




Texte intégral de la voix off :

moi j'aime pas les chiens

un chien ça te colle ou ça t'aboies dessus

ça pue et tu marches dans leur merde

j'ai jamais compris l'intérêt de l'on peux trouver à ces animaux stupides



un chien ça obéit à son maître, ça fait ce qu'on lui dit de faire

rien que ça, c'est déjà rédhibitoire

con comme un chien

et qu'on ne vienne pas me dire qu'un caniche, cette espèce de serpillère à schnock, c'est intelligent parce qu'il comprends ce qu'on lui dit, et même avant qu'on lui dise

tout juste bon à lécher les bottes leur bourgeoise



un chien c'est un loup domestiqué, un loup sortit de sa meute, privé de sa puissance, dressé à obéir, tout juste bon à devenir un de ces chien de garde, dans les limites qui lui sont strictement imparties

un garant de l'ordre établi en somme qui jamais ne se révolte

sauf un, de temps à autre, qui faute de pouvoir unir sa révolte à d'autres, commet un acte solitaire ou désespéré, et se fait piquer ou enfermer

un symbole de notre soumission de notre renoncement, de notre échec perpétuel à mener des luttes victorieuses



alors oui, on peut se complaire dans cette soumission perpétuelle

ou se venger sur plus faible que soit, reporter la soumission que l'on concède chaque jour, sur une bête assez stupide pour se soumettre comme nous, à nous



et s'il n'y avait que ça



les chiens sont absolument humano-dépendant

faut les sortir pisser, les sortir gambader, tout juste si faut pas leur torcher le cul, incapables qu'il sont de se débrouiller seul

faut les entendre pleurer quand leur maîtres, ces connards, les abandonnent une journée dans un appartement

faut les entendre japper ces crétins, au lieu de leur sauter à la gorge, quand leur maître reviennent après leur journée de labeur ou d'obéissance citoyenne



rapport d'esclave à esclave, de soumis à soumis



et s'il n'y avait que ça



pas foutu d'enterrer leur crottes, comme si la seule petite vengeance qu'ils avaient pu trouver à leur condition soumise, était d'emmerder les trottoirs, les pelouses et les jardins, comme ces taggeurs qui parsème les murs de leur inoffensifs et ridicules graffitis



je déteste ces animaux, leur bon sentiments pour la gente humaine, ou leur acharnement à aboyer sur tout ce qui bouge

qu'il viennent te lécher la main, te coller, pleurnicher un bout de pain, ou t'aboyer dessus, faut toujours qu'ils te fasse chier

je déteste leurs maîtres, qui leur gueulent dessus, pour qu'ils cessent d'aboyer, qui leur aboient dessus pour qu'ils cessent de gueuler, cercle vicieux de la gueulerie et de la connerie



mais vraiment

s'il n'y avait encore que ça…



mais il y a pire

il y a que souvent leurs maîtres écoutent Nostalgie

cette radio commerciale qui se fait du fric en passant des merdes d'il y a 20 ou 30 ans



déjà je déteste le flux de la radio, comme celui de la télévision

ce flux continuel, ce non-choix permanent

flux inarétable autant qu'inaltérable

comme le flux des voitures, le flux des devises à travers le monde, comme le flux de l'exploitation de l'homme et de sa répression



pourquoi cette foutu radio, cette foutue télévision est-elle allumée quand personne ne l'écoute ?

pas de place, pour une simple conversation entre amis, ou pour un silence partagé

d'où vient cette peur du silence, cette peur de vide ?





mais s'il n'y avait que ça



car ce flux installé que plus personne n'écoute ne se contente pas de distiller de la connerie, il insuffle de la publicité, à ce cerveau humain rendu disponible

il n'y a pas meilleure porte d'entrée dans un cerveau, que celle de celui qui n'écoute plus (qui croit ne plus écouter), qui n'est plus aux aguets, qui laisse la porte entrouverte



déjà se promener en zone urbaine c'est se faire bombarder sans cesse de publicités



mais la radio (ou la télévision de même) c'est laisser entrer chez soi (sa maison, sa voiture, son propre corps) cette infâme publicité qui nous est imposée au dehors, qui nous fait acheter A plutôt que B, qui tue chaque jour des centaines d'être humains de par le monde



allumer une radio commerciale, c'est laisser entrer chez soi, au plus profond de notre corps, cette publicité, fer de lance de la fureur capitaliste, c'est déjà renoncer à lutter, c'est déjà cautionner et participer à cette guerre impérialiste, qui veut que l'on tue pour de l'argent, que l'on exploitent les uns pour le confort des autres



mais s'il n'y avait que ça



car parmi toutes les radios commerciales qui existent, il y a… Nostalgie



Nostalgie, la radio de notre jeunesse, la radio des mièvres chansons d'amour, la radio des bons sentiments et de la douceur (?) de vivre… au passé



ce temps de notre jeunesse, où nous n'avions pas encore conscience de la fureur du monde, où nous la découvrions tout juste, ce temps où l'on décidait à notre place et où nous ne nous en portions pas si mal, ce temps aussi des révoltes logiques, auxquelles nous avons renoncé depuis



l'adhésion aux chiens comme à Nostalgie semble tenir de la même chose

un besoin inassouvi d'amour, de douces exaltations ou d'un monde meilleur

un besoin de mini révolte parfois, mais dans un cadre strictement défini et délimité



rien qui dépasse, rien qui saille

chansons d'amour et animal collant

révolte du passé et grognement soumis

nostalgie de la médiocrité et aboiements contrôlé



un monde de nounours nostalgiques inoffensifs



ou comment cantonner un peuple dans son propre passé et réduire sa révolte à une soupape qui permet à l'ensemble de tenir



les chiens et Nostalgie c'est ce qui fait tenir cette foutue social démocratie qui tous les jours nous tue un peu plus …avec douceur





l'enfer ? c'est les chiens

Nostalgie : aussi



sept. 2010








(pas de vidéo pour le moment)








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