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page éditée le 10/05/03
dernière mise à jour : 10/05/03

[english]

palimpsestes
(16 mm, 5', n&b, son - 1998/en cours) - banc-titre d'après photo.

texte : colas ricard

synopsis
voix off




Synopsis

Un corps et un livre, ou plutôt des parties de chacun composent une pièce à deux voix.
Le corps : image d'un corps nu, voix, bruits de corps.
Le livre : image et son : papier, texte…

L'écriture d'abord contrapuntique (les deux voix se suivent, se croisent sans jamais vraiment se rencontrer), s'unifie peu à peu : le corps et le livre se rencontrent, se superposent, s'enchevêtrent, jusqu'à ne plus discerner ce qui est de l'un et de l'autre.

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Il s'agit d'une image de l'échange (intime) qui se produit entre un homme et un livre, lors de la lecture :
- Le lecteur s'imprègne du livre. Du texte bien sûr mais aussi de sa matière, de son odeur etc… Il s'en imprègne jusque dans son corps.
- Le livre de même s'imprègne du lecteur, de son corps par l'intermédiaire de ses mains, qui touche ses pages, les tournent, les cornent. Mais également de son esprit qui suinte à travers les mouvements du corps (le plaisir, l'agacement etc. lié au texte par exemple)

En réalité il n'est pas possible de différencier ce qui est de l'ordre du corps ou de l'esprit. Le lecteur et le livre s'enchevêtrent l'un l'autre, globalement.





Texte intégral de la voix off :


I.

J'ouvre le livre,
et le rapproche de mon visage, pour m'imprégner de son odeur.

Mes mains touche le papier
tandis que mes yeux suivent les mouvements de l'encre.
Tout mon corps se recroqueville ou se détend, au rythme des mots sur la page.

Je butte parfois sur une phrase,
une construction difficile ou inhabituelle.
Je relis le passage,
j'essaie de pénétrer son sens, de le dénuder de ce mur qui bloque le regard.

Je m'imagine parfois détenir un palimpseste, ces pages que l'on a effacée,
pour économiser le papier,
pour les réutiliser.
Il me semble que plusieurs écritures se superposent
que des strates successives composent le texte et le livre.

Je gratte.
Je recherche la trace d'une écriture plus ancienne.
On dit que les vieux livres, les vieux papiers, sont détruits, broyés,
réutilisés pour former d'autres livres.
Ce pourrait-il que les textes des anciens livres,
soient encore présent dans les nouveaux, sous forme de traces ?
A moins qu'il ne soit passés entièrement dans la tête,
dans le corps, de tous ses lecteurs,
à tel point que l'encre ait disparue,
usée par toutes ces lectures,
par le frottement des yeux sur le papier, mais aussi par celui des mains ?

L'encre peut-elle entrer dans le corps du lecteur ?
par ses mains, par sa sueur ?




II.

Je sens que le livre commence à agir sur moi, à s'infiltrer en moi.
Les mots que je lis résonnent dans ma tête,
et dans tout les prolongements de mon corps.

Je lis.
Je lis sans lire.

Mes yeux se déplacent sur la page, mais le sens m'échappe.
Le sens m'échappe pour s'insinuer en moi,
plus profondément encore, par des voies détournées.
C'est le livre qui m'imprègne toute entière,
qui m'endors pour mieux se fondre en moi.
Pas comme ces livres qu'on lit facilement, dont jamais le sens ne nous échappent, qui se lisent, et puis s'oublie entièrement.




III.

Les mots glissent,
quelques lettres s'effacent légèrement, certaines tombent du livre,
d'autres se fondent au papier jusqu'à disparaître totalement en lui.

Le papier lui même s'étire, se plie, se craquelle.

Des pages se collent, elles tentent de redevenir bloc, de redevenir bois :
Le livre essaie de prendre vie…

Les structures mêmes du livre commencent à prendre racine en moi.
Ma peau ressemble de plus en plus à du papier.
Mon sang à de l'encre.
Je sens ses fibres renaître, l'arbre réapparaître,
l'arbre d'avant le livre. Celui qui lui a donné naissance.
C'est le livre qui rêve en moi.
Il prends corps en mon corps.
C'est le livre qui rêve.

Peut-être même que je n'existe pas.
Que je ne suis qu'un rêve, son rêve à lui, …et que je vais m'évanouir, disparaître, lorsque il aura finit de rêver, quand le livre se refermera.

Le livre se referme enfin.
Et je m'endors…






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