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à pleines pages, histoire du livre, volume 1
— Compte-rendu de lecture

notes de lecture
glossaire

A pleines pages, Histoire du livre, volume I
Bruno Blasselle - Gallimard 1997 - Coll. Découvertes Gallimard, histoire, n°321.

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Le livre trouve ses origines avec l'écriture, volonté de laisser une trace, de reproduire et de diffuser un savoir, d'étendre son pouvoir.

Chercher à déterminer l'origine du livre c'est se demander ce qu'il est véritablement. Biblion en grec (papyrus) à donné Bible ou bibliothèque, liber en latin (bois) à donné livre. Les matériaux utilisés sont multiples : tablettes d'argile, os, tissus, tablettes de cire et de bois, écorces de bouleau, feuilles de palmier, ôle (feuille de latanier préparée), pierres, métaux, liber (partie situé entre l'écorce et le bois), papyrus, peaux d'animaux (parchemin), vélin etc… Quand peut-on arrêter l'apparition du premier livre ? Et de même la structure du matériau est variable : de simples tablettes ou bâtons elle passe à celui de volumen (rouleau imprimé) puis de codex (assemblage de cahiers cousus ensemble, permettant notamment l'écriture recto-verso). Le codex est la forme la plus proche, du point de vue structure, du livre actuel, ou plutôt du livre «commun», car aujourd'hui, le même problème se pose. La structure et les matériaux sont de nouveau multiples. Où commence et où s'arrête précisément la notion de livre ? Difficile de répondre. Il est en revanche possible d'établir un petit historique de la forme du «codex».

Qu'est-ce qu'un livre ?

Quels que soient les matériaux utilisés les premiers livres sont manuscrits. Mais c'est la formule codex-parchemin qui triomphe. Le parchemin ou «peau de Pergame» aurait été inventée dans la ville du même nom au IIème siècle. Dés le début le problème est dans la reproduction. Pour pouvoir être diffusé, un livre doit être copié, entièrement à la main. Les parchemins sont chers et le travail de longue haleine. En Europe à partir du VIème siècle, c'est dans les monastères que ce travail va s'effectuer. Les premiers livres sont essentiellement religieux (Bibles, livres de saints etc…) et le plus souvent écrit en grec ou en latin. Car dés l'origine le livre et synonyme d'expansion «culturelle» : posséder et diffuser des livres c'est s'assurer une expansion au delà de ses frontières une invasion douce mais non moins efficace. Le livre à ainsi put servir de vecteur au latin et au christianisme qui à cherché à étendre sa domination sur le monde.

Par ailleurs le travail de copie ne vas pas sans des annotations, des commentaires, des modifications volontaires ou non auxquels s'ajoute l'aléatoire des traductions et des copies successives. Les textes anciens, tels que nous les possédons aujourd'hui, comme ceux de la Bible par exemple, ne peuvent donc pas ne pas nous être parvenu autrement que de façon parcellaire, transformé au cours des siècles.

A partir du VIIIème siècle des premiers textes laïcs apparaissent, en même temps que le latin, langue d'église, devient obsolète dans la langue parlée. Et à la fin du XIIème l'essor des universités provoque une nouvelle demande. Le livre est désormais fabriqué et copié aussi en dehors des monastères, et s'écrit aussi en langue profane, tel Dante et sa Divine Comédie écrite directement en italien. Mais le livre reste un objet précieux écrit entièrement à la main et décoré d'enluminures. Les décorations et illustrations sont de trois types : les initiales (lettrines), les encadrement enfin les illustrations proprement dites (pleines pages). La reliure souvent richement décorée parachève l'oeuvre qu'est un livre. En outre par soucis d'économie l'écriture est souvent très serrée, abrégée, sans ponctuation… tout ceci rendant la lecture difficile et pas à la portée de tout le monde.



C'est l'arrivée du papier en Europe au XIIème siècle qui va permettre un nouvel essor. Cette invention chinoise datée du début du IIème siècle va réduire les coûts de fabrication. Plus tard l'invention de la typographie au plomb par Gutenberg (XVème siècle) bouleverse la production de livres. Un procédé similaire se pratiquait en Corée au XIVème siècle mais est resté peu répandu.

C'est en 1455 que Gutenberg publie sa Bible à 42 lignes imprimé avec le procédé qu'il à sinon inventé, du moins pratiqué et amélioré, permettant ainsi son installation en Europe. L'utilisation d'une presse du type de celles utilisées pour le raisin, d'une nouvelle encre et surtout de caractères en alliage (plomb, étain, antimoine) mobiles et réutilisables répond à plusieurs critères qui intéresse la production du livre : reproductibilité, régularité de l'écriture, rapidité et économie. Gutenberg a entraîné avec lui de plus en plus d'imprimeurs. Par exemple J. Fust et P. Schöffer qui publient des livres de qualité, par exemple le célèbre Psautier de Mayence (1457) qui se termine par le premier colophon de l'histoire du livre. Le premier livre illustré imprimé le Miroir de la rédemption de l'humain lignage est publié en 1478 par Martin Husz. Ainsi ce que nous appelons aujourd'hui les incunables (officiellement livres publiés avant 1501) laissent la place aux livres imprimés. Mais si les techniques de fabrication changent, la forme des livres reste très fortement influencé par les anciens manuscrits. Chaque procédé inventant cependant sa propre forme, peu à peu la page s'aère et le plan se clarifie.



Au XVIème siècle le livre en devenant plus populaire, devient porteur d'idéologies nouvelles, de renouveau, de contestation aussi. Des textes très courts sont publiés et diffusés. Les universités se développent, la circulation des idées augmentent, favorisant l'arrivée de la réforme protestante. L'humaniste Alde Manuce popularise l'usage de l'italique dans ses «livres de poches» pour étudiants. Le livre devenant plus difficile à contrôler la censure prend forme par des autodafés et le privilège (autorisation de publier, sorte d'équivalent du n° de censure des films d'aujourd'hui). Les oeuvres interdites sont mises à l'Index (Index librorum prohibitorum) publié sous l'autorité du Pape. La contre Réforme oppose à la Bible de Luther (1522) la Vulgate latine de Saint Jérôme (IVème siècle) mais n'empêche pas le livre de continuer à se développer : Librairies, foires, catalogues, organisation du stockage et du transport… et aussi des grèves et mouvement sociaux dans les métiers du livre. Christophe Plantin, parmi une production très nombreuse, publie sa Bible polyglotte qui confronte les traductions de la Bible dans les différentes langues des textes originaux. À partir de 1525 environ, le livre imprimé commence à trouver sa forme propre : page de titre, ponctuation… La pagination (numérotation des pages) succède à la seule foliotation (numérotation des feuillets) et amène avec elle une nouvelle structure plus découpée que la table des matières vient éclairer. Les recherches de caractères nouveaux s'accentuent : Claude Garamond invente la famille qui porte son nom, caractères romains et emblèmes des humanistes. La gravure sur bois permet de multiplier les illustrations et ornementations in-texte (culs-de-lampe, fleurons…). Ainsi est par exemple publié l'Hypnerotomachia Poliphili (1499 - attribué à F. Colonna) par Alde Manuce.



Au XVIème siècle l'imprimerie s'étend à travers le monde, le livre acquière sa présentation moderne et devient un objet familier et usuel. Mais ce qu'il gagne en accessibilité, il le perd en innovation. En Angleterre apparaît le Licensing Bill (équivalent du privilège français) qui deviendra plus tard (1709) le Copyright Act. En France Colbert resserre la surveillance autour des métiers du livres, il multiplie les interdictions, rend la réglementation plus stricte et favorise ainsi la contrefaçon et la concurrence étrangère (par exemple l'éditeur Elzevier en Hollande). Les livres interdits sont publiés en petits formats qui s'adaptent mieux à la clandestinité. Clandestines également sont les publications satiriques. La révocation de l'Édit de Nantes en 1685 oblige de nombreux protestants à fuir à l'étranger, où se crée alors un foyer d'édition en langue française. Enfin, la nécessité de contourner la censure, développe un art de la parabole (alchimie…). Mais le développement important de la littérature (Shakespeare, La Fontaine…) semble se faire en dehors du livre. La relation privilégiée auteur/éditeur se perd quelque peu. Dés de 1605 sont apparus les premiers périodiques (clandestins ou non), les occasionnels ou les canards, comme la Bibliothèque bleue et les almanachs. L'illustration connaît un véritable renouveau et gagne en précision avec la gravure sur cuivre. En 1645 paraît ainsi le Traité de la manière de graver en taille douce de A. Bosse.



Avec le XVIIIème siècle, celui des Lumières, la censure devient moins forte et une certaine libélarisation s'opère. Le latin devient moins fréquent. En même temps que la production augmente elle s'ouvre à d'autres horizons : Livres de sciences (l'Histoire naturelle de Buffon 1749), livres de voyage ou d'expéditions, romans. Le Don Quichotte de Cervantès (1605) avait déjà préfiguré le roman, qui connaît un succès considérable au XVIIIème siècle (Candide de Voltaire ; Les souffrances du jeune Werther de Goethe etc.). L'habitude de la traduction favorise la diffusion à l'étranger. Diderot et D'Alembert marque le siècle avec L'Encyclopédie. Les bibliothèques se généralisent en même temps que l'alphabétisation croît. Des journaux, spécialisé ou non, voient le jour ou augmentent leur tirages, notamment au moment de la Révolution française. Le droit d'auteur enfin se précise et la législation s'adapte. La forme du livre change également quelque peu : la lithographie et la couleur apparaissent pour les illustrations, les notes et de nouvelles familles de caractères (Bodoni, Didot…) pour le texte. En 1766 P. S. Fournier publie son Manuel de typographie. La stéréotypie et la presse métallique sont inventée, même si elles ne sont pas encore utilisées au maximum de leurs possibilités. Le livre devient véritablement objet de tous, et en ce sens le moyen essentiel (le seul) de communication.










Glossaire

 

Ais

Pièce intérieure du dos de la reliure servant à maintenir et les feuillets ensemble et consolider le tout. En bois au moyen-âge, en carton par la suite, parfois même en parchemin. (cf palimpseste).

Almanachs

Petite publication, au XVIIème siècle, s'adressant à un public peu lettré, et proposant de fournir le maximum d'informations utiles de la façon la plus simple possible, sans qu'il soit nécessaire de savoir lire parfaitement. Les informations contenues, calendrier, astrologie etc. peuvent être très varié d'une publication à l'autre (conseils pratiques…)

Autodafé

Littéralement «acte de foi» (du portugais) : destruction d'un objet par le feu, et plus particulièrement incendie volontaire et de grande ampleur de livres jugés dangereux. Ils sont ainsi supprimés de façon spectaculaire et irrémédiable.

Bibliothèque bleue

Collection de petits livres, à couverture muette et bleue, vendus par des colporteurs pour un ou deux sous au XVIIème siècle. Ils proposent des textes divers, jamais signés et inlassablement réimprimés et rediffusés. On y trouve autour de nombreux textes à caractères religieux (vie de Saints…), des textes littéraires (littératures médiévale, légendes…) et des traités pratiques.

Caroline

Minuscule apparue à l'époque de la Renaissance carolingienne. Elle s'étend ensuite à la quasi totalité de l'Europe et reste en usage jusqu'au XIIème siècle. Elle inspirera enfin l'écriture humaniste du XVème siècle.

Codex

D'abord tablettes de bois reliées ensembles (Antiquité) ce terme désignera ensuite (à partir du Moyen âge) plus largement les livres (les manuscrits) constitués de feuillets cousus entre eux, notamment par opposition au volumen.

Colophon

Termes de conclusion d'un livre contenant des indications sur l'ouvrage : nom du manuscrit ou titre du livre, nom du copiste ou de l'éditeur etc. Sorte de carte d'identité du livre surtout au temps où la couverture ne servait pas encore à cela. Aujourd'hui il reste de cet usage «l'achevé d'imprimer» qui clos encore le livre.

Copyright

A l'origine le Licensing Bill, autorisation de publier, équivalent du privilège français. Il disparaîtra avec le Copyright Act de 1709, première tentative pour protéger les droits d'auteur (et plus uniquement dans un but de censure). Contrairement à l'opinion répandue le Copyright n'existe pas en France, du moins pas sous cette appellation, strictement anglo-saxonne. Le caractère © que l'on trouve parfois dans des publications française est donc abusif et ne correspond à aucune réalité.

Cul-de-lampe

À l'origine, ornement dont la forme rappelle le dessous triangulaire d'une lampe d'église. par extension, ornement situé en bas de page ou qui clos un chapitre.

Dos

Tranche arrière de la reliure d'un livre.

Enluminure

Décoration des manuscrits peintes à la main.

Ex-Libris

Formule servant à indiquer le nom du propriétaire d'un livre. Parfois une vrai illustration.

Fleuron

Ornements en forme de fleur, de feuilles.

Foliotation

Numérotation des feuillets d'un livre.

Format

Sert entre autre chose à caractériser le mode d'édition d'un livre, selon combien de fois est pliée une feuille pour obtenir le format du livre : in-folio (2) ; in-quarto (4) ; in-octavo (8) ; in-seize (16) etc.

Frontispice

Illustration figurant sur la page de titre ou la page de garde. Souvent le frontispice était la seule illustration d'un livre. Souvent également il s'agissait d'un portrait de l'auteur.

Gazette

De l'italien gazzetta , feuille volante d'information, qui coûtait une gazeta Æ En français : petit journal ou bulletin d'information.

Gouttière

Tranche intérieure du livre. La gouttière est parfois dorée, décorée ou complétée d'informations ayant trait au livre.

Incipit

mot latin, de incipere, commencer Æ Premiers mots d'un manuscrits ou d'un livre. Fait parfois office de titre au livre quand il n'en existe aucun.

Incunables

Livres fabriqués avant 1501.

In-folio

Feuille pliée en deux pour former deux feuilles de livre . Voir Format.

Janséniste

Se dit d'un plat de couverture sans décoration.

Lettrine

Lettre ornée ou non, placée au commencement d'un livre, chapitre, ou d'un paragraphe. Généralement plus grosse que le reste du texte. On trouve aussi l'expression de cadeau, signifiant «lettre capitale», du latin caput, tête.

Livre

De liber, «écorce, feuille de liber», sur laquelle on écrivait Æ Assemblage d'un assez grand nombre de feuilles, portant des signes destinés à être lus.

Petit Robert - extrait.

Manchette

Signe (par exemple une main à l'index pointé) placé dans la marge d'un texte pour apporter l'attention sur un passage précis. S'utilisait par exemple dans les manuscrits ne comportant ni paragraphes ni chapitres.

Manuscrit

Texte écrit entièrement à la main. Notamment les livres avant l'usage de l'imprimerie.

Mors

Jointure de reliure entre le dos et le plat d'un livre. On distingue le mors de reliure (jointure proprement dite) et le mors de couverture (partie de toile, de cuir… qui vient recouvrir en partie le plat).

Muet, ou muette

Se dit d'un livre sans texte ou d'une couverture sans aucune inscription.

Nerfs

Bandes de cuir sur lesquelles sont cousues les feuillets. Les nerfs apparaissent sur le dos du livre, à travers le cuir de la reliure.

Onciale

Écriture du moyen-âge qui doit son nom à sa taille d'un pouce. Elle se distingue par des lettres arrondies et de gros modules, elle est employé du IVème au IXème siècle.

Onglet

En reliure morceau de papier utilisé pour constituer un in-folio à partir de deux feuilles isolées. Permet ensuite de relier un livre constitué de feuilles volantes, en le cousant comme s'il s'agissait de feuillets.

Pagination

Numérotation des pages d'un livre. En général en chiffres romains.

Palimpseste

Parchemin dont on a gratté la première écriture pour y inscrire une autre. Cette pratique avait cours en vue d'économiser le parchemin. L'ancienne écriture reste parfois visible en transparence. Sinon, les rayons ultraviolets permettent aujourd'hui de lire l'ancienne écriture sans abîmer le parchemin. Dans le même ordre d'idée des morceaux de manuscrits ou de livre imprimés servaient parfois de chutes pour constituer l'intérieur des reliures (ais). On a ainsi quelquefois retrouvé dans certaine reliure des morceaux de textes ayant historiquement plus de valeur que le livre lui même.

Papyrus

Plante poussant sur les bords du Nil. Sa tige est découpée en bandes qui sont ensuite séchées collées puis assemblées en feuilles pour confectionner des manuscrits.

Parchemin

Étymologiquement : «peau de Pergame». Matériau destiné à l'écriture fabriqué à partir de peaux de bêtes (mouton, agneau, chèvre…)

Plat de couverture

Couvertures avant et arrière du livre.

Ponctuation

La ponctuation n'existait pas dans les premiers manuscrits (ni même souvent les espaces entre les mots). Elle était rajoutée à la main dans les premiers livres imprimés et n'apparaît sous forme de caractères typographiques qu'à la renaissances en même temps que les lettres accentuées et autres caractères spéciaux.

Privilège

Autorisation de publier, avec privilège du Roy, ou de l'un de ses représentant. Permettait d'organiser la censure à partir du XVIème siècle. Sorte de «droit d'auteur» ou de «copyright» actuel.

Réclame

Pour repérer les différents cahiers à relier ensembles dans le bon ordre, on reporte à la fin de chacun d'eux le premier mot du cahier suivant : la réclame. (ou un numéro d'ordre, la signature).

Signature

Pour repérer les différents cahiers à relier ensembles dans le bon ordre, on reporte à la fin de chacun d'eux un numéro d'ordre : la signature. (ou le premier mot du cahier suivant, la réclame).

Tranchefile

Petit bourrelet entouré de fils qui garnit et renforce le haut et le bas du dos d'une reliure, pour maintenir les cahiers assemblés.

Typographie

Du grec tupos, marque, caractère et graphein, écrire. Æ A l’origine : Composition de textes à partir de caractères fondus en alliage métallique, mobiles et réutilisables. De manière plus générale : L’art de mettre en scène des caractères dans des mises en pages, quelqu’en soit la finalité.

Vignettes

Dans les enluminures : bordures végétales qui prolongent dans les marges l'initiale ornée et finit par entourer complètement le texte. Ces tiges portaient souvent des feuilles de vignes d'où leur nom.

Volumen

Livres se présentant sous la forme de rouleaux, imprimés d'un seul côté.

 

Colas Ricard, mars 1998.




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