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published page: 03/08/03
last update: 03/08/03


[français]

radio Teriya
[french title:
radio Tériya, une certaine idée de la coopération]

(Beta, 26', b&w and color, sound - 1996-99)
text et voice over: colas ricard


This documentary video was shoot in Mali at the summer 1996 with one of first amateur camera DV of the market.
Editing was done on U-matic bench, then finalization on Casablanca, and beta dub.

This video is my personal project of 2nd year in the school Esav .
It's brodcast on "Image Plus", local television of Epinal (in east of France) during one evening devoted to Africa and in duet with a video of Olivia Chaguğ.














Complete text of the voise over:


« Un film de Colas Ricard… réalisé au Mali et en France.
“Kosébé, Radio Tériya…”

Dans une société basée sur l’oral, une radio est un vecteur de communication essentiel.
La plupart des radios qui émettent au Mali et dans le reste de l’Afrique sont étrangères, ou subventionnées par des fonds étrangers.
Les habitants de Niéna veulent une radio en langue Bambara, une radio qui soit la leur.
L’aventure de radio Tériya débute en 1993 avec quelques composants et un peu de soudure. En 1995 cette radio expérimentale fonctionnait encore mais avec des moyens rudimentaires.
Pour les soutenir nous décidons de leur apporter un émetteur professionnel, robuste et puissant.
Une ancienne éolienne sera installée comme pied pour l’antenne.

Loin des grandes associations, nous préférons le terme de coopération à celui d’humanitaire, qui reste souvent à sens unique. Nous envisageons la coopération en terme d’échange et non en terme de sauvegarde de l’humanité, cause perdue d’avance, et qui de surcroît autorise toutes les ingérences.

Arrivé à Niéna le 19 août 1996.
Nous sommes reçu par le conseil des sages.
Je commence tout de suite à filmer.
Je filme, ou je fais semblant pour que l’on s’habitue à me voir, pour faire oublier ma présence, la présence de ma caméra
Je filme cette fête organisée pour la réception du matériel que nous apportons.

Nous nous installons lentement.
Il nous faut du temps pour nous adapter à cette nouvelle vie que nous découvrons.

Prendre le temps de regarder, d’écouter…

Prendre le temps…

Le local radio est installé au foyer des jeunes, point culminant du village.
Une ancienne éolienne doit servir de pied à l’antenne.
Cet ancrage au sol est primordial, il fournit un tremplin pour émettre.
Chaque habitant donne un peu de son temps de son savoir faire (pour la radio).
Il faudra par exemple un maçon pour sceller les pieds de l’éolienne.
Mais auparavant il faut souder le paratonnerre, pendant que l’éolienne est encore au sol.

Parallèlement la vie du village continue.
Chacun vaque à ses occupations…
J’en profite pour filmer ces gestes, ce savoir faire.
Cette habilité de la main de l’artisan à la fois maître et esclave des choses.
Je filme ces gens autour de moi.
Ont-ils vraiment besoin de cette radio que nous leur apportons ? En les regardant, en les filmant, je me demande qui à le plus à apprendre… Mais cette radio c’est déjà la leur, c’est eux qui l’on voulu.

Les radios que l’on capte à Niéna sont encore des radios étrangères.
Si la colonisation est officiellement terminé, elle continue par des voies détournées.
Voilà pourquoi ils ont besoin de cette radio.
C’est une forme de résistance.

En Afrique le temps s’écoule différemment.
Il faut rejeter toute nos représentations, nos habitudes.
Comment faire passer celà dans mon film ?
Il faut laisser le temps aux choses de s’installer.
Filmer ces gestes anodins, quotidien.
Donner à ressentir un peu de ce temps pur, cet étirement du temps.

Les travaux reprennent aujourd’hui.
Il faut connecter le paratonnerre à la terre.
Pour bien protéger l’antenne, le paratonnerre doit se prolonger sous terre sur au moins 5 mètres.
L’antenne peut enfin être installée, en espérant qu’elle n'attrape pas la foudre…
En saison des pluies un orage peut éclater en quelques minutes.
Chaque forgeron du village à donné un sac de charbon, ce matériau conducteur permettra de mieux évacuer la foudre.

[bruit vidéo]
Août 1996, la France expulse des Maliens de son territoire. Comment peut-on encore être cohérent ? D’un côté on les aident et de l’autre on les expulsent.

Dans qu’elle mesure d’ailleurs, l’humanitaire n’est-il pas une couverture à une politique d’exploitation et de protectionnisme ?
Dans qu’elle mesure participer à une telle activité n’est-elle pas fournir une couverture morale à cette politique, et par là même l’excuser et la cautionner ?

Ce film ne peut pourtant pas s’arrêter ici, pas comme ça…
Il faut justement continuer…

Notre séjour touche à sa fin, le matériel que nous avons apportés est installé et la radio fonctionne.
Cette radio émet, elle émet en langue Bambara.
Nous sommes désormais devenus inutiles et c’est ce que nous pouvions espérer de mieux.
Il nous faut maintenant nous éclipser, mais nous emportons avec nous un peu de la vie de ce village, de ces gens que nous avons rencontrés.»






Assesment


Parti dans un cadre proche du film de commande pour faire une vidéo sur un projet humanitaire auquel je suis parti-prenante, je me suis retrouvé en prise non seulement avec le choc culturel et humain que représente un premier séjour en Afrique noire, avec la difficulté d'appréhender une autre réalité, mais surtout avec une remise en cause du bien fondé de l'entreprise, et un sentiment au mieux d'inutilité, au pire de caution morale à une politique de protectionnisme et de néo-colonianisme.

J'ai essayé d'intégrer cela au film, par la voix off d'une part, et vers la fin de la vidéo, par une détérioration de la structure narrative, et de quelques fragments images et sons.
Cela-dit, cette vidéo documentaire, reste de facture très classique et représente finalement pour moi un échec.

Échec d'exprimer avec un rendu réaliste et conventionnel la complexité d'un voyage en Afrique.
Échec de critiquer un système avec une forme audiovisuelle massivement utilisé par ce même système.

Je réaliserai plus tard, au cours d'un second voyage en Afrique, en voiture cette fois-ci, un film en super 8 L'invention de la route, qui fort de cette expérience, tentera d'explorer d'autre voies :
- tirer le documentaire vers la fiction pour lui redonner sa juste place
- chercher un rendu "impressionniste"
plutôt qu'un rendu réaliste pseudo objectif
- partir sans idées préconcues, et sans projet précis
- interroger le monde autant que le cinéma
etc



colas ricard, May 2003




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